Comment améliorer l’intégration du genre dans l’ECSI ?

Dans le cadre de son programme genre co-conduit avec Coordination Sud, le F3E a participé à la Journée de réflexion et d’actions « L’égalité de genre, nous le voulons » organisée par CNCD-11.11.11 et AcoDev le 30 mars 2017.

La journée, consacrée à l’intégration du genre dans les projets d’éducation à la citoyenneté mondiale et solidaire (ECMS, l’équivalant belge de l’ECSI), a présenté les argumentaires sur l’importance d’intégration du genre, comment les personnes ont intégré le genre au sein de leurs organisations et projets d’ECMS et les défis qui restent à relever. Les trois panels ont présenté l’intégration du genre à plusieurs niveaux : le genre et l’ECMS avec des publics adultes, le genre et le plaidoyer et le genre et l’ECMS avec les publics scolaires. La journée a terminé avec un World Café sur les défis et les actions possibles pour mieux intégrer le genre dans l’ECMS.

L’intégration du genre : des bases

L’intégration du genre doit être conçue à la fois comme un volet politique, des actions spécifiques et des actions transversales. Pour aborder systématiquement le genre lors des dialogues politiques, il faut le plaidoyer sur ce sujet. Il s’agit d’éliminer les discriminations et d’établir l’égalité entre les femmes et les hommes. Cependant, dans le cadre d’ECMS, cela doit se faire en gardant un lien avec le Sud.

Ensuite, l’approche genre devrait être intégrée dans tous les projets et programmes de l’ECMS. Cela inclut les thématiques (une lecture genrée, des données sexo-spécifiques et les objectifs d’apprentissage avec une dimension genre) ainsi que la méthodologie (l’utilisation du langage inclusif, une prise en compte des besoins différenciés et la répartition du temps et des tâches entre les participants).

Or, c’est trop facile à dire aux autres ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire. L’intégration du genre nécessite alors de s’interroger nos propres valeurs et comportements également.

Par ailleurs, l’intersectionnalité (des composantes de l’identité) doit être pris en compte dans l’approche genre. Cela exige d’être conscient-e du cadre dont nous portons.

Le genre et l’ECMS avec des publics adultes

Les publics adultes présentent une cible importante, car ils sont peu sensibilisés à la question de l’intégration du genre. L’ECMS est un levier de changement et d’égalité. A la base, l’ECMS complexifie les questions du développement. Alors, la question du pouvoir des rapports sociaux entre les femmes et les hommes rentre facilement dans les discussions de l’ECMS. L’ECMS est bien positionnée pour montrer l’intersectionnalité des luttes du pouvoir également. Tout travail du genre et développement passe par la déconstruction des rôles sociaux et des stéréotypes, notre société incluse.

Il ne faut pas décrire le Sud comme « pire que nous », au Nord. On cache les inégalités chez nous quand on met l’accent sur les problèmes dans les pays du Sud ; il faut éviter à renforcer l’illusion de l’égalité dans nos propres pays développés. D’ailleurs, il y a des outils et des approches développés au Sud qui pourraient être utiles pour l’intégration du genre au sein de nos propres organisations, tel que le féminisme décoloniste.

C’est aussi important de former les futur-e-s formateurs-trices pour qu’ils et elles soient sensibles à la question de l’intégration du genre. Il faut les outiller avec des ressources existant pour aborder la question du genre avec les publics adultes. Par exemple, à travers des fiches d’information sur le genre adaptées au niveau de sensibilisation et au type du groupe cible.

Un des défis majeurs pour la sensibilisation du genre des publics adultes est l’implication des hommes. Aujourd’hui, les publics sont essentiellement des femmes. Bien que la non-mixité puisse être parfois indispensable – par exemple pour les discussions autour de violences sexuelles ou conjugales – l’implication des hommes dans une approche genre est intégrale. Par ailleurs, l’ECMS nous encourage la mixité avec les acteurs et actrices du Sud et du Nord dans les discussions autour de l’intégration du genre.

Le genre et le plaidoyer

L’égalité du genre fait partie de la démocratie sociale et économique ; elle est également un outil puissant de répartition des richesses. De plus, c’est une question fondamentale de justice et de progrès social. L’ECMS fournit les outils et les capacités à tout le monde pour se changer et créer le changement. Car, le changement commence par nous-mêmes. Il faut un plaidoyer spécifique et transversal. Il faut des ressources humaines dédiées aux questions du genre et aux instances qui restent largement masculines. Il y a un défi de créer des alliances de plaidoyer avec d’autres réseaux et des partenaires. Il faut créer une masse critique avec les autres mouvements « alternatifs » autour du genre.

En 2004, les trois syndicats belges ont signé une charte de « gender mainstreaming » qui a mis en place des quotas et une mécanique pour rendre compte dans le rapport annuel. La charte prévoit l’intégration et la systématisation de l’égalité à tous les niveaux de l’action syndicale : négociation, formation, communication. Les outils ont été développés, tels que les listes de contrôle du genre et des recommandations aux négociateurs-trices.

Malgré une forte mobilisation des femmes au début des années 2000, on voit qu’aujourd’hui la tendance n’est pas favorable ; c’est une période de régression. Il y a toujours les moments où il faut relancer le genre pour redynamiser la lutte de l’égalité. Nous vivons dans un contexte politique misogyne qui touche davantage des femmes. Dans notre système patriarcal actuel, nous sommes toutes et tous en train de perdre. Il faut se renforcer le savoir-être de négociation dans son entreprise à travers les formations d’émancipation qui prend en compte l’éducation populaire.

L’égalité entre femmes-hommes n’existe nulle part dans le monde. En effet, il reste encore de gros problèmes.

Il faut garder en tête que l’intégration du genre est une transformation, ce n’est pas un simple ajout. Il doit être transformatif. Il faut l’appliquer comme un changement de paradigme. Il y a un double objectif : maintenir les droits déjà acquis (réactif) et chercher àavancer l’Agenda de l’égalité (proactif). Pour cela, il faut mener du plaidoyer auprès des institutions européennes. Un point très important est la question des violences. Pendant des années, nous avions la tendance à dire qu’on ne touche pas la vie privée. Aujourd’hui, avec les principes d’Istanbul, on le rend inacceptable toute formes de violences dans tous les aspects de la vie.

Le genre et l’ECMS avec les publics scolaires

L’ECMS vise des sociétés justes, durables, inclusives et solidaires. Les rapports de domination occupent une place importante dans les enjeux portés par les OSC. Les valeurs de base de l’ECMS sont de dénoncer les mécanismes de domination et de déconstruire les stéréotypes et lutter contre les discriminations. Alors, le genre est tout à fait un sujet légitime d’aborder dans les projets d’ECMS. L’école est un lieu de socialisation et aussi une opportunité de changement

L’ECMS et le genre avec des publics scolaires se déterminent par l’âge de l’enfant. Cependant, il y a deux tranches d’âge où c’est particulièrement important d’intégrer le genre aux cursus de l’ECMS : vers 3 à 4 ans et les adolescents. A 3 à 4 ans, les enfants commencent à se distinguer ; il faut transmettre l’idée que même si nous avons des différences, nous sommes égaux. A cet âge, c’est parfois difficile à faire le lien avec le Sud, car l’enfant comprend par rapport à son environnement et sa réalité au quotidien. Les adolescents sont en pleine construction de leurs identités, attitudes et mentalités.

L’école est à la fois un lieu de discrimination et de transformation. A travers la discrimination d’apprentissages, il pourrait arriver la reproduction des stéréotypes et des représentations dans les supports pédagogiques. Néanmoins, l’école peut jouer un rôle émancipateur également à travers des pratiques des enseignant-e-s. Alors, ce pose la question de la formation des futur-e-s enseignant-e-s pour qu’ils et elles soient des acteurs et des actrices de changement. Il faut développer une pédagogie plus émancipatrice.

Le genre pourrait être le thème même de l’intervention, ou il pourrait être une variable significative de la thématique abordée.

Les défis de l’intégration du genre

A travers les discours, on voit que l’intégration du genre à toute à fait sa place dans les projets et programmes de l’ECMS. Cependant, il y a encore la question de comment l’intégrer. D’abord, il faut intégrer le genre dans nos propres structures. Le genre devrait devenir une question politique et institutionnelle. Des expériences montrent un effet boule de neige important.

L’intégration du genre et donc l’analyse des barrières structurelles à l’accès des droits et du pouvoir amènent à un changement de la perspective. Cependant, c’est un investissement du long terme et parfois un processus lourd. C’est difficile dans un contexte du secteur de développement où on travaille davantage en urgence et vite pour pouvoir afficher les résultats aux bailleurs.

Les questions de participation et d’inclusivité se posent. Dans les méthodes et les approches, il faut investir dans les femmes, se focaliser sur leurs besoins spécifiques et faciliter leur participation. L’intersectionnalité est un point central, mais nous manquons encore des outils pour savoir comment prendre en compte cet aspect plus complexe du genre. L’inclusion des hommes dans le travail de l’intégration du genre reste un point de débat. Parfois, les groupes non-mixtes permettent de témoigner et de partager ses expériences dans un espace « safe ». Cependant, comme le genre travaille sur les rapports sociaux entre les femmes et les hommes, c’est nécessaire de les inclure à un moment.

L’intégration du genre nécessite une trilogie : la recherche, la formation et le plaidoyer. Les rouages entre ses éléments sont essentiels ; ils se renforcent. La recherche rend visible et contextualise des expériences. Elle montre l’impact différencié sur les femmes et les hommes. Ces recherches devront porter sur le double approche transversale (« gender mainstreaming ») et spécifique. Ensuite, elles doivent être partagées et capitalisées. La formation pour fournir les « lunettes genres » qui permettent une analyse plus fine. Il y a des méthodologies, outils et publications existants auxquels il faut se former. Ces formations nous incitent à questionner nos propres convictions, notre façon d’être et manière de travailler. Le plaidoyer porte sur les aspects en interne et en externe. L’approche genre est holistique et globale jusqu’à la remise en cause de la place et des rôles des femmes et hommes. La formation et le plaidoyer doivent aller ensemble et être cohérents.

L’aspect de l’intersectionnalité préoccupe des personnes qui travaillent sur l’intégration du genre et l’ECMS. C’est clair que les discriminations se cumulent, mais la question de « comment prend en compte l’intersectionnalité ? » se pose. Un point départ pourrait être de prendre en compte ces divers types de discriminations et faire un croisement des approches. Pour éviter de travailler en silos, il faut faire des alliés et décloisonner des approches.

 

Quels sont vos défis de l’intégration du genre de vos projets et programmes de l’ECSI ?

Comment avez-vous surmonté ces défis ?

Quelles sont vos ressources clefs pour l’intégration du genre dans les projets et programmes de l’ECSI ?

 

Pour aller plus loin, nous vous invitons à consulter :

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